Carter devait-il jouer ?
Il n'a pas fallu attendre longtemps pour que les langues se délient et que le club catalan soit placé au coeur des questions, avec un débat lancinant : Carter devait-il jouer sur la pelouse du stade de France ? L'ancien stratège des Crusaders souffre de la cheville depuis son arrivée en Catalogne, début décembre. La faute aux terrains gelés par l'hiver européen, la faute aussi à une longue saison, puisque le néo-zélandais effectue sa pige à l'USAP pendant la trêve de l'hémisphère sud. Convalescent, Carter avait été laissé au repos lors des deux dernières rencontres européennes, contre les Ospreys puis Trévise. Etait-ce suffisant pour soigner son tendon d'Achille, déjà fragile ? Non, selon Jean Claude Peyrin, le patron de la commission médicale de la LNR : «Il est certain, à mon avis, que le joueur n'a pas bénéficié de suffisamment de repos, même s'il est impossible de dire si cette absence de récupération a entraîné la blessure.»
La perspective de jouer un match de gala contre le Stade Français dans l'écrin de Saint-Denis a peut-être accéléré sa reprise, et donc augmenté les risques d'aggravation de la blessure. Ce qui, malheureusement, s'est produit, même si le club catalan se défend d'avoir forcé son joueur à jouer et jure qu'il n'a rien à se reprocher, comme le confirme le président Paul Goze : « Je lui ai dit que, s'il avait mal, ce n'était pas impératif qu'il joue, même si c'était à Paris. À la mi-temps, on lui a encore demandé et il a répondu qu'il n'avait pas mal...» Formidable compétiteur, Carter lui-même a tout fait pour jouer ce choc de la 18e journée, et il y a sans doute une part de destin dans cette expérience avortée. La fédération néo-zélandaise, par la voix du manager des Blacks Darren Shand, ne jette d'ailleurs pas la pierre à l'USAP : «C'est une immense déception pour Dan. Il était vraiment heureux de jouer en France. Mais il est très bien soutenu par le club de Perpignan, qui a été très présent et qui nous a toujours tenu informé. Dan va rester à Perpignan pour l'instant et il est probable qu'il ait besoin d'une opération. Un point complet sera fait dans les prochains jours. »
Quel bilan de sa venue ?
Daniel Carter, nanti d'un juteux contrat de 700 000 euros pour sept mois, n'aura donc joué que cinq rencontres sous le maillot sang et or. Quatre matches en Top 14, un en coupe d'Europe pour un total de 361 minutes et 45 points. Pas besoin d'une calculette pour comprendre que ça fait quand même cher la minute jouée et le point marqué. Victime d'une rupture partielle du tendon d'Achille, il ne devrait pas rejouer avant six mois, et Shand a bien compris que les Blacks devraient sans doute se passer de leur maître à jouer pour les Tri Nations cet été : «En règle générale, les joueurs qui souffrent d'une sévère blessure au tendon d'Achille sont éloignés des terrains pour au moins six mois, mais ça peut être plus long. Dan rejouera au rugby quand il sera prêt, et nous le soutiendront tout au long des sa rééducation.» Jacques Brunel, lui, ne pouvait que regretter la perte de son meilleur joueur : «Il était très en forme, il jouait de mieux en mieux, et commençait à bien se trouver avec ses centres. Il avait de plus en plus d'influence sur le jeu, et ce n'était sans doute qu'un début. Nous sommes abasourdis, parce que nous perdons notre maître à jouer. La façon dont cela s'est passé nous laisse sans voix, parce que c'était la dernière action du jeu.»
Carter aura donc fait un passage éclair, et c'est une mauvaise nouvelle pour tout le monde : l'USAP bien sûr, mais aussi le Top 14 dans son ensemble, qui perd un joueur d'exception. Cette blessure n'a pas fini de faire grincer des dents, et les critiques vont forcément se déchaîner sur le club catalan, qui n'aura pas le retour sur investissement souhaité. Le pari était risque, il est perdu, et cela va peut-être faire cesser ces piges de luxe de six mois qui, au bout du compte, ne sont intéressantes pour personne. Le talent de Carter ne fait évidemment aucun doute, ni son implication remarquable au sein de l'USAP depuis son arrivée. Mais les Catalans seront fatalement déçus de cette expérience tronquée, et c'est franchement dommage.

