Méconnaissable et loin du niveau de jeu qui était le sien sous le maillot all black, Jerry Collins vit une première saison à Toulon plus que décevante. Le fiasco guette celui que l'on annonçait, au même titre que Carter à l'Usap aujourd'hui, comme la grande attraction du RCT. Et ses écarts hors du terrain ne plaident pas pour le Néo-Zélandais dépossédé du brassard de capitaine au profit du Sud-Africain Van Niekerk.
Depuis six mois qu'il évolue à Toulon, Collins a rarement été à la hauteur de sa réputation. Depuis six mois qu'il évolue à Toulon, Collins a rarement été à la hauteur de sa réputation.
"Un week-end, tu es considéré comme un Dieu, la minute qui suit tu n'es que..." Jerry Collins ne finit pas sa phrase. Six mois après son arrivée sur la Rade, le flanker néo-zélandais commence à peine à se familiariser avec son nouvel environnement et le contexte si particulier de Toulon et de l'institution qu'est le RCT. Et la passion des supporters toulonnais n'est pas le moindre des motifs de surprise de l'ancien All-Black, qui avant de poser ses valises sur la côte varoise l'été dernier, s'il avait été informé du niveau d'engouement dont sont capables les fans Des Rouge et Noir, n'avait sans doute pas imaginé une telle frénésie.
D'autant plus que le Kiwi n'a depuis le début de son aventure toulonnaise pu goûter le plus souvent que la furie du public. Car c'est peu dire que Collins tarde à donner la pleine mesure de ce talent incomparable qui en avait fait avec la sélection néo-zélandaise l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur du monde à son poste. Une recrue de premier ordre pour le club du président Mourad Boudjellal qui s'offrait là, avant Carter à Perpignan, une star majuscule de la planète ovale. Mais depuis le coup d'envoi de la saison, ce n'est que l'ombre de Collins qui hante Mayol, loin si loin de sa splendeur des Blacks et de sa carrière dans l'hémisphère sud. Collins déçoit et dans les grandes largeurs qui plus est...
Décevant sur le terrain, agité en dehors...
Après une moitié de saison, un constat s'impose et celui d'un échec retentissant est proche. Interrogé en fin d'année dernière dans les colonnes du Sunday News, l'intéressé avouait sans difficultés cette difficile adaptation: "J'ai rencontré pas mal de m.... depuis mon arrivée en France. Nous avons besoin de temps pour nous régler mais dans le monde professionnel aujourd'hui, le temps est un luxe. C'est un problème de perception, selon moi. Les gens s'imaginent que parce qu'il ya de grands noms, ça doit marcher, mais ce n'est pas suffisant pour gagner une compétition." Pour la première fois de la saison, le RCT est relégable depuis le week-end dernier, et la nouvelle déroute (5-32) concédée à Clermont et le fantasme du Brennus de retour sur la Rade s'est évanoui depuis belle lurette.
Non seulement Collins, annoncé comme l'un des leaders de l'effectif, n'a que trop rarement évolué à son meilleur niveau, mais pour ne rien arranger, il traîne aussi derrière lui une réputation sulfureuse en dehors du terrain, encore renforcée en ce début d'année par le dépôt d'une plainte contre lui. Lui-même avoue aisément qu'il ne s'attendait pas à connaître de telles difficultés lorsqu'il accepta de rejoindre à Toulon son ancien coéquipier à Wellington, Tana Umaga: "Je n'aurais jamais que cela se passerait ainsi, mais en tant qu'étranger, c'est à moi de m'adapter à la manière de faire ici."
Sans que l'on sache réellement si ses soucis extra-sportifs étaient en cause, Collins brillait par son absence le week-end dernier à Clermont et samedi, pour le nouveau déplacement des Varois à Brive, son brassard de capitaine devrait revenir au Sud-Africain, Joe Van Niekerk, autre troisième ligne lui à la hauteur de son statut d'international et dont la qualité des prestations ne fait que mettre en évidence les errements de son coéquipier kiwi.
Collins: "Les supporters sont fous ici..."
Rompu aux joutes du Super 14, championnat fermé où la relégation n'existe pas, Collins semble presque perdu lorsqu'il se prête au jeu des comparaisons: "Le rugby français est différent de celui que je connais et d'où je viens, dans le sens où si une équipe compte beaucoup de nouveaux joueurs, on vous donne le temps de construire une équipe. C'est long et difficile. En Nouvelle-Zélande, lorsque vous perdez plusieurs matches, ce n'est pas tout de suite l'heure de « tuer le coach », alors qu'ici c'est le cas à chaque défaite. Et de dédouaner au passage son compatriote Umaga: "Ce n'est pas la faute du coach si nous avons joué de façon si pauvre à certains moments. (...)Seize ou dix-sept nouveaux joueurs sont arrivés à l'intersaison et d'autres sont revenus de blessures, neuf ou dix blessés ; si bien que nous n'avons jamais été en mesure d'aligner la même équipe. Je touche du bois, ce sera mieux en cette seconde partie de saison." Le ton manque de conviction. Interrogé en novembre dernier, le joueur aux mèches peroxydées se laissait même encore aller à rêver d'une... qualification européenne: "Mon seul objectif est que nous fassions mieux au cours de cette seconde partie de saison. Nous ne sommes qu'à deux victoires d'une qualification en Heineken Cup."
Pourtant, avec un contrat de trois ans, Collins ne cède pas encore à l'abattement et s'annonce prêt à se battre: "J'ai signé pour trois ans et je vais honorer ces trois années de contrat. Je ne suis pas du genre à abandonner aussi facilement. Les supporters sont fous ici mais c'est ainsi..."